La convivialité, II. Illich, Brillat-Savarin, Aristote et Thomas d’Aquin

A cette époque où on vous cause cuisine, convivialité etc etc, voici de quoi alimenter vos conversations de table :

 

La convivialité, Ivan Illich, Brillat-Savarin, (extrait du livre d’Ivan Illich, publié en 1973)  » Il nous faut reconnaître que l’esclavage humain n’a pas été aboli par la machine, mais en a reçu figure nouvelle. Car, passé un certain seuil, l’outil, de serviteur, devient despote. Passé un certain seuil, la société devient une école, un hôpital, une prison. Alors commence le grand enfermement. Il importe de repérer précisément où se trouve, pour chaque composante de l’équilibre global, ce seuil critique. Alors il sera possible d’articuler de façon nouvelle la triade millénaire de l’homme, de l’outil et de la société. J’appelle société conviviale une société où l’outil moderne est au service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de spécialistes. Conviviale est la société où l’homme contrôle l’outil. Je suis conscient d’introduire un mot nouveau dans l’usage courant de la langue. Je fonde ma force sur le recours au précédent. Le père de ce vocable est Brillat-Savarin, dans sa Physiologie du goût: Méditations sur la gastronomie transcendantale. A moi de préciser, toutefois, que, dans l’acception quelque peu nouvelle que je confère au qualificatif, c’est l’outil qui est convivial et non l’homme. L ‘homme qui trouve sa joie et son équilibre dans l’emploi de l’outil convivial, je l’appelle austère.Il connaît ce que l’espagnol nomme la convivencialidad, il vit dans ce que l’allemand décrit comme la Mitmenschlichkeit. Car l’austérité n’a pas vertu d’isolation ou de clôture sur soi. Pour Aristote comme pour Thomas d’Aquin, elle est ce qui fonde l’amitié. En traitant du jeu ordonné et créateur, Thomas définit l’austérité(1) comme une vertu qui n’exclut pas tous les plaisirs, mais seulement ceux qui dégradent la relation personnelle. L’austérité fait partie d’une vertu plus fragile qui la dépasse et qui l’englobe : c’est la joie, l’eutrapelia, l’amitié. I. « Austeritas secundum quod est virtus non excludit omnes delectationes, sed superfluas et inordinatas : unde videtur pertine re ad affabilitatern, quarn Philosophus, lib. 4 Ethic. cap. VI » amicitiarn  » norninat, vel ad eutrapeliarn, sive jocunditatern. )) (Summa Theologica, lIa lIae, q. 168, art. 4, ad 3 rn.)

 

Publicités

Une réponse à “La convivialité, II. Illich, Brillat-Savarin, Aristote et Thomas d’Aquin

  1. Une vision chez Ivan Illich :
    « Si les outils ne sont pas dès maintenant soumis à un contrôle politique, la coopération des bureaucrates du bien-être et des bureaucrates de l’idéologie nous fera crever de “bonheur”. La liberté et la dignité de l’être humain continueront à se dégrader, ainsi s’établira un asservissement sans précédent de l’homme à son outil. »
    Crever de bonheur !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s