Le mouvement ouvrier limousin

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56212282/texteBrut

Extrait :

 »

Le résultat répondit à l’effort des socialistes. Au premier tour,
Betoulle recueillit 16.274 voix, sur 21.270 votants (40 % des inscrits),
et Pressemane l’emporta par 10.387 voix contre 6.758 voix
à son concurrent, Tarrade, Les cantons où il obtenait le pourcentage
le plus élevé des voix étaient ceux qui entouraient Limoges
: Saint-Léonard, Nieul (63 % des inscrits) et aussi celui
d’Eymoutiers. Au second tour, Valière fut élu à Bellac par 1.700
voix de majorité, et Parvy à Rochechouart, avec 500 voix de
majorité. A Saint-Yrieix, le radical Nouhaud, conserva son siège.

Les causes de ce succès étaient dues à l’effacement presque
absolu des familles conservatrices : les Teisserenc de Bort, de
Léobardy, Lavertujon. etc., qui désertaient désormais les luttes
électorales, aux divisions profondes du parti radical, à l’espèce
d’enthousiasme qui avait poussé de l’avant le parti socialiste qui,
dès 1910, avait acquis les deux cinquièmes des voix des électeurs,
et accentué ses progrès par la suite.

Le socialisme agraire constituait en Haute-Vienne un fait caractéristique.
Il s’expliquait, et par la structure terrienne où le
métayage était mal supporté, et par les progrès du syndicalisme
dans les petits centres industriels, et par l’influence électorale
des émigrants marchois ou des cantons confinant la montagne
corrézienne, enfin et surtout par la propagande habile des candidats
socialistes qui prétendaient apporter aux habitants des campagnes
: la suppression de l’impôt sur les propriétés, remplacé
par l’impôt sur le revenu, la diminution de la durée du service
militaire, l’abolition de la dette hypothécaire, et, pour les métayers,
la prise de propriété des terres qu’ils exploitent. »

 »

« A la fin d’octobre 1904 eut lieu le premier congrès de la
Fédération du Parti socialiste de France, qui groupait les sections
de Limoges, Saint-Léonard, Saint-Priest-sous-Aixe, Saint-PriestTaurion,
Bujaleuf, Rempnat, Saint-Yrieix. Le parti, à la fin de
l’année 1904, était fort de 266 adhérents. »

 »

Le résultat répondit à l’effort des socialistes. Au premier tour,
Betoulle recueillit 16.274 voix, sur 21.270 votants (40 % des inscrits),
et Pressemane l’emporta par 10.387 voix contre 6.758 voix
à son concurrent, Tarrade, Les cantons où il obtenait le pourcentage
le plus élevé des voix étaient ceux qui entouraient Limoges
: Saint-Léonard, Nieul (63 % des inscrits) et aussi celui
d’Eymoutiers. Au second tour, Valière fut élu à Bellac par 1.700
voix de majorité, et Parvy à Rochechouart, avec 500 voix de
majorité. A Saint-Yrieix, le radical Nouhaud, conserva son siège.

Les causes de ce succès étaient dues à l’effacement presque
absolu des familles conservatrices : les Teisserenc de Bort, de
Léobardy, Lavertujon. etc., qui désertaient désormais les luttes
électorales, aux divisions profondes du parti radical, à l’espèce
d’enthousiasme qui avait poussé de l’avant le parti socialiste qui,
dès 1910, avait acquis les deux cinquièmes des voix des électeurs,
et accentué ses progrès par la suite.

Le socialisme agraire constituait en Haute-Vienne un fait caractéristique.
Il s’expliquait, et par la structure terrienne où le
métayage était mal supporté, et par les progrès du syndicalisme
dans les petits centres industriels, et par l’influence électorale
des émigrants marchois ou des cantons confinant la montagne
corrézienne, enfin et surtout par la propagande habile des candidats
socialistes qui prétendaient apporter aux habitants des campagnes
: la suppression de l’impôt sur les propriétés, remplacé
par l’impôt sur le revenu, la diminution de la durée du service
militaire, l’abolition de la dette hypothécaire, et, pour les métayers,
la prise de propriété des terres qu’ils exploitent. »

 »

 Les ouvriers ruraux, isolés, inorganisés, étaient les plus misérables. 
Ainsi, les ouvriers des carrières de kaolin de Saint-Yrieix, 
de la Jonchère, gagnaient de 1 fr. 50 à 2 francs par jour, vers 

     1895, pour le travail d'une journée allant de la pointe du jour 
à la nuit. Avec 36 francs par mois environ, ils devaient faire vivre 
leur famille. De même, les feuillardiers, isolés dans les taillis des 
communes de Saint-Yrieix, Bussière-Galant, Châlus, gagnaient 
1 fr. 25 pour d'interminables journées de travail. Les ouvriers des 
chantiers de construction des chemins de fer étaient aussi misérables. 
Leur salaire de 0 fr. 25 à 0 fr. 27 par heure, soit 2 fr. 80 
par jour, 45 francs par mois, couvraient à peine les besoins individuels, 
de 39 à 40 francs par mois, nourriture sans vin. Ces 
hommes étaient exploités par des tenanciers de cantines et de 
cambuses. 

     Les salaires des femmes étaient plus bas encore. Il est vrai 
que leur journée de travail, bien souvent, n'avait qu'une durée 
de huit heures. Certes, une compositrice en imprimerie parvenait 
à un gain journalier de 2 fr. 50 en 1893 ; et les ouvrières en chaussures 
arrivaient à gagner 2 francs pour 9 h. 30 de travail. En 

     1896, une mécanicienne en chaussures atteignait 3 francs, une 
colleuse 4 francs, une prépareuse 2 francs. Par contre, dans la 
porcelaine, le salaire d'une décalqueuse n'atteignait que 1 fr. 25 
à 1 fr. 50. Dans les papeteries de Saint-Junien, les trieuses de 
chiffon gagnaient 1 fr. 50, les sachetières à peine 1 franc, pour 
des journées exténuantes de 10 heures de travail. Les ouvrières 
à domicile étaient les plus mal payées : couseuse en gants de 
Saint-Junien à 1 fr. 05 par jour, chemisières de Limoges à 1 fr. 25. 

     L'action ouvrière qui atteignit son paroxysme entre 1902 et 
1905, permit, malgré la défense acharnée des patrons, de légers 
mais constants relèvements de salaires. 

     Les imprimeurs et linotypistes arrivaient en tête. De 1892 à 
1903, leur salaire passa de 5 francs pour une journée de 10 heures 
à 6 fr. 50 pour une journée de 9 heures. Les coupeurs en chaussures 
les mieux payés atteignirent 6 francs en 1904, les peintres 
sur porcelaine 10 francs, les gantiers 5 fr. 40 en 1903. 

     De 1905 à 1914, les salaires se relevèrent régulièrement surtout 
chez les « hommes de feu » de la porcelaine, les papetiers, les 
ouvriers du bâtiment, dans les campagnes, les ouvriers des carrières 
de kaolin, les ouvrières tisseuses. 

     Les corporations venant en tête étaient celles de la porcelaine. 
Un tourneur anglais pouvait atteindre 10 francs par jour 
à la veille de la guerre, un useur de grains 6 fr. 50, un gazetier 
de 8 à 9 francs ; venaient ensuite les ouvriers de l'imprimerie. 
En 1908, ils obtinrent la signature patronale d'un nouveau tarif, 
avec les salaires journaliers suivants : linotypiste, 6 fr. 80 ; typographe, 
5 fr, 85 ; imprimeur, 5 fr. 50. 

     71 

     Les ouvriers maçons atteignaient à Limoges 0 fr. 50 de l'heure. 

     Dans l'industrie du cuir, les gantiers s'acheminaient vers un 
salaire de 4 fr. 50 à 5 francs, ainsi que les coupeurs de chaussures. 

     Les salaires des femmes : une couseuse gantière, une sachetière, 
une tisseuse, une couseuse sur tiges, avaient été également 
un peu relevés. 

     Au regard des salaires, le prix de la vie était demeuré relativement 
stable, quoique avec une tendance à la hausse perceptible 
en 1910-1914. Le prix du kilo de viande atteignait 1 fr. 50 vers 
1900, et le pain valait la même année, à la boulangerie coopérative 
de Limoges, 0 fr. 30 le kilo de pain de froment, 0 fr. 25 le 
pain mêlé, 0 fr. 20 le pain de seigle. En 1903, le prix du pain ordinaire 
s'élevait à 0 fr. 21 le kilo. C'était le prix moyen de la Restauration. 
Or, les salaires avaient doublé entre le premier quart 
du XIX 0 siècle et la fin du siècle. Exprimé en quantité de pain, 
un salaire moyen de quatre francs par jour permettait d'acheter 
15 kilos de pain bis par jour. Mais si le prix du pain s'était maintenu 
stable, celui de la viande avait doublé. 

     Il semble donc que le pouvoir d'achat des ouvriers ait légèrement 
augmenté. Comme, d'autre part, la main-d'oeuvre féminine 
apportait de plus en plus un salaire d'appoint, et que le 
malthusianisme diminuait déjà le nombre moyen d'enfants par 
famille, à partir de 1890 surtout, il s'ensuivit chez l'ouvrier un 
mieux-être. 

     Ce qui manquait le plus, c'est un logement décent. Les familles 
ouvrières, tant à Limoges qu'à Saint-Junien, continuaient à s'entasser 
dans des immeubles vétustés. Souvent, les familles occupaient 
une chambre unique de 8 mètres sur 6 mètres avec trois 
lits pour huit personnes, dans des appartements dont les latrines 
étaient dans la cour. A Saint-Junien, la location d'une chambre 
se montait à 100 francs par an ; celle de deux chambres, de 120 
à 160 francs ; celle de trois chambres, de 220 à 260 francs. L'éclairage 
demeurait primitif. Il s'agissait de bougies, couleur de pain 
d'épice, appelées roussines."

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