Je me souviens, avec Alexandre Vialatte, que je voulais faire des sciences nat

J’ai fait le bac « C' », i.e. (comme quoi il me reste du latin ! i.e. c’est pour « id est » ). C’était le premier bac – à l’époque on avait droit à l’examen d’entrée en sixième, au BEPC, au premier bac et au deuxième bac. Et à une « composition » dans chaque matière, chaque trimestre. On ne disait pas alors « contrôle ». Nous vivions dans une société de liberté !

Pour le deuxième bac, je suis passé en « Philo », les élèves de terminale qui nous avaient précédés ayant eu de très mauvais résultats au bac « Maths-élém » (Maths élémentaires – un terme qui serait banni maintenant. Normal, on a bien changé, Loire Inférieure par Loire Atlantique). Ils étaient « tombés » sur les imaginaires (les nombres imaginaires) qui n’avaient pas semble-t-il été traités à Darnet. Je n’étais pas téméraire.

Mais la seule matière qui m’avait valu d’avoir mon nom écrit sur le Palmares, était « Sciences naturelles ». Et pour faire des sc.nat. il fallait avoir le bac « Sc. expérimentales » (ne se passait pas à St-Yrieix) ou le bac « Math-élém ». Alors pendant les vacances, j’ai suivi les cours du cenre d’enseignement par correspondance.

Finalement, j’ai fait sciences-éco (les cours par correspondance étaient aussi pour sc. éco). Mais je me rattrape en lisant Alexandre Vialatte.

 »  » Donner un lavement à un pou, dit le savant docteur Mathis, est opération délicate « , et nous l’en croyons volontiers. un bon opérateur, pourtant,  » bien entrâiné, peut donner mille lavements par jour à mille Poux(1), sans en tuer un seul « . Mais, comment opérer ? On ne décide pas un siphunculaté (2) avec la même facilité que le Malade imaginaire. Choisissez donc une canule extrêmement fine, et étirez ce tube de verre à la flamme. Quand le calibre désirable est obtenu, rodez les bords (car la science est humaine et ne veut pas la mort du pécheur) Choisissez une femelle, le femelles sont plus grosses. Prenez-la  » à la fin d’une digestion normale  » (la science a de ces exigences dont le profane est fort empêché …). Faites-la jeûner quelques heures Elle doit, dit le docteur Mathis,  » présenter toutes les garanties d’une santé réellement robuste  » (c’est où le profane se pose bien des questions). Couchez ce pour sur le dos  » assez serré pour le maintenir, assez lâche pour qu’il n’en crève pas « . Prenez une loupe binoculaire et, quand vous aurez réussi (c’est une question de chance et d’adresse, d’occasion, de patience, de flair ; il s’échappe cinq ou six fois,  » on se crispe « , dit le docteur Mathis), brandissez-le au bout de la canule, et n’injectez que peu à peu le liquide qui donnera le typhus, si vous ne voulez pas que la bestiole éclate. Sachez pourtant qu’elle peut et doit devenir énorme. Elle est capable d’absorber une quantité qui, rapportée à notre échelle, correspondrait à ne barrique de cinquante à soixante litres. […]
Telles sont les merveilles de la science. L’esprit se tait, et l’âme est confondue.  »

(1) Le docteur Mathis n’écrit pou qu’avec une majuscule. Ce n’est pas de l’orthographe, c’est de l’opinion

(2) Le pou appartient à l’ordre des anoploures, au sous-ordre des siphunculatés, à la famille des péliculicidés, à la sous-famille des pédiculinés, au genre pediculus

Alexandre Vialatte, chronique 127 du 24 mai 1955

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s