» Le monde d’avant 1914 nous sera très bientôt absolument, radicalement inaccessible. »

 » Quels que soient les sentiments qu’éveille [le triomphe planétaire de l’anglais de communication], il est difficile de ne pas constater la violence avec laquelle il nous éloigne de notre passé linguistique. A des rythmes divers, ce n’est pas seulement la connaissance de dialectes et de langues minoritaires qui, un peu partout, s’efface et se trouve menacée.
Des pratiques autrefois répandue, comme le culte des langues classiques, sont désormais marginales. Qui sait que Jean Jaurès ou Baudelaire écrivaient encore couramment en latin ? Qu’un Turc d’aujourd’hui, s’il n’a pas reçu une préparation spéciale, ne peut pas lire un texte rédigé en ottoman de la fin du XIXe siècle ? Sauf à s’aveugler pour des raisons sentimentales ou idéologiques, il faut bien admettre que nous sommes en passe d’être coupés de patrimoines ancestraux avec lesquels les procédures
d’enseignement traditionnelles et la résistance des pratiques locales donnèrent longtemps l’illusion d’une continuité.

Le monde d’avant 1914 nous sera très bientôt absolument, radicalement inaccessible. »

Benoît Grévin, Le Parchemin des Cieux. Essai sur le Moyen Âge du langage, »Avant-Propos », Seuil, 2012.

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