Avec Franck Bouysse, je me souviens de la cave d’Excideuil

Franck Bouysse, l’écrivain de Limoges

 

Il me remet en mémoire la cave sous la terrasse de ma grand-mère à Excideuil, son entrée voûtée en bas de marches. Le vin venait de « la terre de Monplaisir ». Quel beau nom !

« Gus se souvenait que, quand il était petit, son père l’envoyait toujours tirer du vin à la cave, au moment des repas. Il devait alors ouvrir la petite porte au fond de la cuisine, descendre un escalier en bois sans contremarches, un genre d’échelle améliorée, avec un garde-fou fait d’un vulgaire tuyau en galva. Un problème électrique, que son père n’avait jamais résolu, faisait que les plombs sautaient une fois sur deux quand on allumait la lumière. Pour ne pas le mettre en rogne, Gus descendait avec une lampe électrique en faisant attention à ne pas louper de marche, ce qui l’aurait conduit en bas plus rapidement que prévu, le cul en compote, par-dessus le marché. Une erreur que son père lui aurait probablement pardonnée à vide, mais certainement pas avec une bouteille de pleine entre les mains. À chaque descente, c’était pourtant une sensation de joie qui lui venait, au fur et à mesure qu’il s’enfonçait dans la cave, dans ce silence gardé par les grosses pierres dissemblables des murs, au milieu des vapeurs soufrées et des cadavres de bouteilles, avec leur fermoir en porcelaine, qui avaient contenu du cidre jadis, à l’époque où on ramassait encore les petits fruits boursouflés et tavelés des pommiers plein-vent, et que l’on ne les laissait pas bouffer par les vaches à mesure qu’ils tombaient par terre.

 

Le grand  plaisir du gamin, c’était de balancer le faisceau de lumière à l’intérieur de la cave et de surprendre des araignées grosses comme une main, sa main. Aussi loin qu’il lui était possible de remonter, Gus n’avait pas le souvenir d’avoir éprouvé de la peur, même quand un rat déboulait de derrière des barriques, pour se fourrer dans un des trous du mur, jamais le même. […] il tournait le robinet serti dans le bois de la barrique et qu’il regardait un vin épais gicler dans la bouteille, puis qu’il ralentissait progressivement le débit quand le niveau du liquide approchait du goulot. C’est qu’il ne fallait pas en perdre une seule goutte. La dernière, il l’essuyait d’un doigt et la portait à ses lèvres  »

 

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