Je me souviens des pétassous (petaçon) sur les pantalons et les vestes

A vélo, à Nantes, je passe souvent devant des dépôts de vêtements qui ont été vidés de leur contenu sur la chaussée. Et je ne peux m’empêcher de penser alors aux vêtements que l’on voit encore porter en Limousin : des vestes, des pantalons (des bleus qui sont devenus gris) rapiécés. Aucun vêtement rapiécé dans ces dépôts urbains ! Il est bien loin le temps où ma grand-mère d’Excideuil, avec grande habilité, retournait un col de manteau, un col de chemise, des poignées.

Je dois reconnaître que je n’ai pas encore eu le courage de mettre un pétassou au fond de ma combinaison de travail qui a été mangée par les souris de Bourdoux. Pourtant, il arrive que les tiques en profitent pour aller se nicher là où, du temps de Rabelais on mettait la main pour jurer. « Je jure sur mon couillon… »  Je prends de grands risques à ne pas petaçar .(1)

Relisons Claude Duneton :

« Prenez le pétas, qui veut dire tissu, étoffe, non seulement dans le département de la Loire, mais de Bordeaux à Vintimille, en passant par Guéret et jusqu’aux portes de Milan. Le pétas se dit à Saint-Etienne d’une « pièce d’étoffe cousue en un vêtement », ce qui vient tout de même en droite ligne du latin pittacium. Pourquoi serait-il incongru, voir risible de parler d’un pétas qui ravaude la jambe d’un jean ?

Pourquoi ? eh bien, parce que, pendant une décennie d’années, on a seriné aux petits enfants des écoles qu’ils devaient avoir honte de leurs parlers régionaux, qu’ils devaient cracher sur les mots du cru (2), si séduisants qu’ils fussent, si intimes, émouvants, chauds de la tiédeur de l’amour. Et les petits enfants ont eu honte en effet, comme on leur conseillait. Ils ont grandi dans la honte de leur langue, c’est pourquoi aujourd’hui ils disent plus volontiers patch et patchwork, qui leur font une belle jambe, et ils rougiront de pétas.  » (au plaisir des mots, Claude Duneton, Balland, page 217)

 

(1) Je n’ai pas retrouvé cette citation. Je dois me tromper d’auteur ! confusion avec le début du Pantagruel ? « Oh ! mon petit fils (disait-il), mon couillonmon peton, que tu es joli ! et combien suis-je redevable à Dieu de ce qu’il m’a donné un si beau fils, si joyeux, si rieur, si joli ! »

Le Trésor de la langue française nous dit :

Étymol. et Hist. 1304 (Placides et Timeo, éd. Cl. Thomasset, 325, p. 153). Empr. au lat.testiculus « testicule », dér. de testis « id. », les testicules étant considérés comme les signes, les témoins de la virilité; cf. l’a. fr. tesmoings, plur. « id.» (fin xiiies. ds T.-L.).

Le lecteur notera le sérieux de ce blog à ces notes de bas de page !

(2) Je l’ai déjà écrit sur ce blog. A Saint-Yrieix je n’ai jamais entendu déprécier le « patois ». Bien au contraire, des instituteurs s’en servaient pour expliquer le français.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s