« Le cochon et le sanglier » (Boris Vian)

A Bourdoux, le sanglier est souvent nommé le cochon. « Est-ce que les cochons sont passés chez toi ? ». Alors que de nos jours, dans le Pays de Saint-Yrieix, on n’ait guère autre chose à chasser que le gros gibier avec des parkings réservés pour les voitures des chasseurs, des armes de guerre, des gilets fluo et des trompes d’alerte, on ne voit plus pendus aux crochets des bouchers/charcutiers les sangliers avec tous leurs poils. Il paraît que c’est la faute aux congélateurs qui résistent malgré les longues coupures de courant électrique suite aux orages. C’est que les gens dans nos campagnes se sont équipés de générateurs électriques au pétrole.

Boris Vian dont je viens de retrouver son « Textes et chansons » en 10-18 (acheté à Paris en juillet 1971) (1) m’a rappelé ce souvenir de jeunesse arédienne.

 » Entre le cochon et le sanglier, il y a la différence, notamment, de l’état domestique à l’état sauvage.

Le cochon est un produit cultivé tandis que le sanglier pousse tout seul.

Le cochon ne s’écarte guère de sa mangeoire où il est assuré de trouver force bonnes épluchures et le sanglier quête à travers les grands bois illuminés des couleurs automnales, car il est lyrique, les glands savoureux, les racines fraîches et les amanites sanglières qui sont, comme leur nom l’indique, des champignons réservés à son usage.

Le cochon a de la graisse, le sanglier du muscle. La peau du cochon est épaisse, mais sensible, et celle du sanglier, hérissée de crins poussiéreux, certes, mais fort nobles, résiste à des horions extrêmement sévères, voire acérés si l’on ose dire.

   

Naturellement, le cochon mène une vie plus tranquille, dort sous un toit qui fuit le moins possible – car c’est un animal qui se vend régulièrement et une des nécessités du commerce est de présenter un produit de qualité constante, quasi-normalisée -, se lave parfois – il est moins sale qu’on veut le dire – et préside, lorsqu’il est vraiment devenu un très gros cochon, à des cérémonies païennes dénommées concours agricoles à l’issue desquelles, après l’avoir embrassé, cajolé, décoré de la Légion d’honneur et proclamé très gros et très grand on l’immole d’un tranche-lard perfide et on vous le débite au cours du jour.

  Le sanglier finit parfois aussi misérablement sur un étal ; mais jusqu’à son heure ultime, il résiste ; et il a souvent la joie posthume de se voir exposé intact, avec tous ses poils, chez Chatriot ou en quelque autre lieu de luxe ; car le sanglier ne quitte guère l’empyrée. Jusqu’à son dernier jour, il lui reste la possibilité de se suicider en se lançant contre une automobile sur quelque autostrade et, si le cour lui en dit, il peut même choisir pour lieu de cette expérience un pont qui corsera son action sublime d’une belle noyade.

Enfin, le sanglier a une bonne réputation d’ours, c’est étrange mais c’est ainsi, et figure avantageusement au blason d’illustres familles, quand son reflet rose, le cochon, n’a guère que le loisir de décorer de son effigie la vitrine d’un charcutier aussi gras que lui-même. « 

IMG_4915

Consommation de cochon dans le monde

Entre le cochon et le sanglier, il y a la différence, notamment, de l’état domestique à l’état sauvage.

Le cochon est un produit cultivé tandis que le sanglier pousse tout seul.

Le cochon ne s’écarte guère de sa mangeoire où il est assuré de trouver force bonnes épluchures et le sanglier quête à travers les grands bois illuminés des couleurs automnales, car il est lyrique, les glands savoureux, les racines fraîches et les amanites sanglières qui sont, comme leur nom l’indique, des champignons réservés à son usage.

Le cochon a de la graisse, le sanglier du muscle. La peau du cochon est épaisse, mais sensible, et celle du sanglier, hérissée de crins poussiéreux, certes, mais fort nobles, résiste à des horions extrêmement sévères, voire acérés si l’on ose dire.

   

Naturellement, le cochon mène une vie plus tranquille, dort sous un toit qui fuit le moins possible – car c’est un animal qui se vend régulièrement et une des nécessités du commerce est de présenter un produit de qualité constante, quasi-normalisée -, se lave parfois – il est moins sale qu’on veut le dire – et préside, lorsqu’il est vraiment devenu un très gros cochon, à des cérémonies païennes dénommées concours agricoles à l’issue desquelles, après l’avoir embrassé, cajolé, décoré de la Légion d’honneur et proclamé très gros et très grand on l’immole d’un tranche-lard perfide et on vous le débite au cours du jour.

 Le sanglier finit parfois aussi misérablement sur un étal ; mais jusqu’à son heure ultime, il résiste ; et il a souvent la joie posthume de se voir exposé intact, avec tous ses poils, chez Chatriot ou en quelque autre lieu de luxe ; car le sanglier ne quitte guère l’empyrée. Jusqu’à son dernier jour, il lui reste la possibilité de se suicider en se lançant contre une automobile sur quelque autostrade et, si le cour lui en dit, il peut même choisir pour lieu de cette expérience un pont qui corsera son action sublime d’une belle noyade.

Enfin, le sanglier a une bonne réputation d’ours, c’est étrange mais c’est ainsi, et figure avantageusement au blason d’illustres familles, quand son reflet rose, le cochon, n’a guère que le loisir de décorer de son effigie la vitrine d’un charcutier aussi gras que lui-même. « 

Résultat de recherche d'images pour "nantes enseigne cochons"

Chez Monsieur Cochon à Herbignac, en allant à Assérac

 

(1) Je connaissais Boris Vian depuis son Déserteur et sa Java des bombes atomiques

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_D%C3%A9serteur_(chanson)

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Java_des_bombes_atomiques

P.S.

J’ai entendu des polémiques dans le PSY au sujet de croisements cochon/sanglier.

Je lis ici :

http://www.natures-paul-keirn.com/article-un-porc-un-sanglier-plutot-un-sanglichon-ou-un-cochonglier-44630789.html

 

« Le sanglichon ( ou sanglochon ) est issu du croisement verrat (mâle de sanglier) et d’une truie. Son confrère, le cochonglier est un hybride issu d’un porc et d’une laie (femelle de sanglier)
L’hybridation sanglier/porc domestique donne des femelles plus prolifiques. Voilà tout le problème. Et qui plus est, contrairement aux mulets et bardots, le produit du croisement porc domestique et sanglier, les petits, sont eux-mêmes « interféconds », c’est-à-dire qu’ils peuvent se reproduire. »

Nota Bene (Nota Benêt ?)

Le porc-épic n’a rien à voir avec le porc. Le porc-épic a eu l’honneur d’un blason royal, celui de Louis XII

Et peut être vu de nos jours en bordure de Loire à Nantes

IMG_3616

Un arédien l’écrit :

 » mon grand père, éleveur de cochons cul-noir, parlait du « porc-singlar  » pour désigner le sanglier. Je viens de trouver confirmation sur ce dictionnaire, preuve que l’usage populaire ne s’est pas tout à fait perdu… https://fr.glosbe.com/fr/oc/sanglier

 

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s