Le passé simple et les langues du monde

Suite à mon billet sur la polémique relative au passé simple,

https://saintyrieixlaperche.wordpress.com/2018/01/05/je-suis-de-lepoque-ou-le-passe-simple-cetait-populaire-zorro-est-arrive-et-il-lempoigna-et-il-la-ficela/

mon ami Japonais (eh oui, on peut être étranger et parler français et même écrire en gascon) m’écrit :

 

 » Alain Borer: Comme le russe ou l’arabe, la plupart des langues du monde, en effet, ne distinguent que trois temps : le passé, le présent, le futur. »
Cher ami, il est un peu malaisé de comparer le système temporel du français avec celui du russe ou de l’arabe.
Le temps en russe, comme dans la plupart des langues du monde,n’est  pas basé sur le temps physique mais  sur l’aspect événementiel (accompli / inaccompli). De même en langues anciennes. L’aoriste en grec n’est pas le passé simple mais il peut exprimer, comme la terminologie a-oristos (non limité) l’indique, tous les temps, même le futur.
Le français a trop simplifié le côté aspectuel des choses. La vision linguistique du français s’est enlisée dans le syllogisme temporel assez banal. Plus on est éloigné des langues classiques ou des dialectes, plus on risque de buter contre le mur de la fausse logique.
  À la phrase nominale: Début, lumière. Vous avez ajouté de l’inutile: Au (début), fut la (lumière). Les choses ne procèdent pas par le temps mais par l’aspect ou le contexte.
  Comment peut-on établir rapports de causalité entre ces trois réalités africaines:
Il pleut ici. Il ne pleut pas là-bas. L’éléphant va enfanter.
   J’ai été ahuri de la parole de Françoise Nyssen : C’est par le son que le cerveau apprend le plus efficacement (Le Point, 26 octobre 2017 « Qui en veut à la langue française »)
 La ministre actuelle de la Culture, comme l’ancienne Najat Vallaud Belkacem, a témoigné par cette déclaration de son ignorance des langues asiatiques où la vision prime généralement sur le son. Ces deux mesdames  n’ont même pas fait une langue ancienne (ni grec ni latin, sans parler du chinois classique) ? (1) La langue homérique  est abondante autant en son qu’en vision. Nous apprenons surtout par l’image. Si ce n’est que par le son qu’on apprend, comment doivent faire les visiteurs étrangers qui ne peuvent distinguer convenablement les sons français?
 La langue française est en train de perdre de ses richesses linguistiques. Le passé simple est entrain de se perdre  dans le français courant.
   – – – – – – –
Le texte narratif suivant ne s’écrit qu’au passé composé en français moderne, alors qu’en gascon vous exprimerez  mieux au passé simple qu’au passé composé. En s’appauvrissant, le français moderne a gagné de familiarité,  mais il a perdu de précision.
   – – – – – – –
  Hier, c’était le jour où devait rentrer de Toulouse, Marie, notre sœur, qui travaille dans cette ville.
Pendant la matinée, il a plu un peu. L’après-midi, il a fait une chaleur terrible. Vers le début du soir, il y a eu de nouveau une ondée.  À huit heures du soir, elle n’y était toujours pas arrivée. Ma mère, le petit Paul et moi, nous avons commencé à nous inquiéter, quand il y a eu un coup de téléphone. C’était Marie. (…)
 Ièr, qu’èra lo dia que Maria, e devèva tornar de Tolosa, la sòr nòsta qui tribalha dens aquera vila.
Pendent la matiada, que plavoc un pauc. La tantossada que hascoc ua calor de las terriblas. Suu ser,  qu’i agoc de navèth ua ondada. A ueit òras deu ser, n’i èra totjorn pas arribada. La mair, lo petit Pau e jo, que comencèm a inquietà’s, quan i agoc un còp de telefòne. Qu’èra Maria. (…)
   (S. K. Lo gascon modèrne, Tokyo, Daigaku-shorin, 1988, p. 139)
   À plus tard.  S. K
Une histoire d’escholiers pictaves :
(1) j’espère que mon correspondant japonais ne va pas avoir le « syndrome de Paris » !
P.S.
René Merle, souvent « pointé » sur ce blog, m’écrit :

 » Votre ami Japonais a bien raison.

Tous les locuteurs naturels (comme on dit) du provençal et de l’alpin que j’ai rencontrés, enregistrés, dans les années 70 utilisaient, évidemment sans connaître le nom de ces temps, le passé simple et le passé composé, chacun dans son rôle. Ils dominaient aussi les deux subjonctifs, la concordance des temps et l’accord du participe. Ça coulait de source.

Les choses se sont gâtées après leur disparition. Ceux qui ont redécouvert et tenté de pratiquer l’occitan ont dans la tête le moule du français, et ils emploient spontanément le passé composé à la place du passé simple. Quand au subjonctif, passez muscade…

Ainsi vont les langues…

J’ajoute que les personnes que je rencontrais étaient des agriculteurs, des ouvriers, des ménagères, et pas du tout des lettrés…

Berf, une langue vivante qui est morte en bonne santé, par non transmission

 »

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s