Comment le Parlement de Toulouse parla français bien avant l’ordonnance de François Ier à Villers-Cotterêts

 » prenez Toulouse, pays occitan à l’extrémité du champ languedocien, où le peuple des petites gens ne parle  français, avec un accent rocailleux, que depuis l’après-guerre de 14-18, en gros, de manière générale. En l’an de grâce 1442  – à moins que ce ne soit 1458 – fut fondé le premier parlement de Toulouse. La guerre de Cent Ans était terminée, Charles VII « coucouné  » par Jehanne d’Arc avait rétabli le pouvoir royal ; il installait dans ses provinces des juridictions moitié démocratiques, moitié soumises à son bon plaisir, mais très nécessaires au fonctionnement de L’État en voie de centralisation. Eh bien les membres de ce parlement tout neuf décidèrent de parler et de travailler en français – et non pas en occitan langue alors couramment écrite, encore fort littéraire, dans une contrée entièrement occitanophone.

Étonnant, non ? …

Ce n’est surprenant que si l’on ne prend pas en compte l’écrasante supériorité de l »usage du français, langue de la lointaine Cour, donnait aux « parlementaires » sur leurs compatriotes. Cette langue du roi, si distant et abstrait que fût ce prince – presque aussi immatériel que Sa Sainteté le pape – conférait à leurs arrêts la qualité des Tables de la Loi. Débattre en occitan, c’était s’exposer à des chicanes, des reproches, des contestations de toues sortes. En français c’était un vrai beurre ! Personne n’allait chipoter, chercher des poils sur les œufs : ils arboraient tout haut la parole royale qui les grandissait, eux, en retour jusqu’au firmament de la puissance …. Les premiers chefs gaulois qui surent parler latin jouèrent la même carte, et jouirent des mêmes avantages : ils eurent tout de suite la haute main sur les affaires de la romanité locale.

 

C’est ainsi que le Parlement de Toulouse a toujours officié en français, sans attendre l’ordonnance de François Ier à Villers-Cotterêts moins de cent ans plus tôt. Le parlement était allé très au-devant des désirs des monarques – il s’était pour ainsi dire volontairement colonisé d’avance ! Et pas par l’entremise de Français du nord de la Loire : nullement. C’était au contraire par un acte réfléchi venant d’excellents sujets occitans qui profitaient de la marche du siècle pour s’élever encore au-dessus de leurs voisin. Aussi, lorsque Richelieu fit décapiter Montmorency révolté contre sa dictature à Toulouse en 1627, la ville ne bougea miette pour défendre son gouverneur – c’était déjà une ancienne colonie que le Cardinal punissait.  »

Claude Duneton,  La mort du français, Plon, 199, page 141

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