Marcabru, poésie en occitan, « non vuoil ges mon piucellatge camjar per nom de putana « 

Résultat de recherche d'images pour "Les poésies de Gausbert de Puycibot Troubadour du XIIIe siècle éditées par William P. ShepardLibrairie Ancienne Edouard Champion1924"

http://www.moyenagepassion.com/index.php/2017/03/07/marcabru-premier-troubadour-provencal-du-xiie-siecle-pour-une-poesie-chantee-satirique-et-bucolique/

 

Ne manquez pas ce blog sur le Moyen-Age !

L’autrier jost’ una sebissa
trobei pastora mestissa,
de joi e de sen massissa.
Si cum filla de vilana,
cap’ e gonel’ e pelissa
vest e camiza treslissa,
sotlars e caussas de lana.

L’autre jour, près d’une haie,
je trouvai une pastoure métisse (de moyenne condition),
pleine de gaieté et de sens;
elle était fille de vilaine;
vêtue d’une cape, d’une gonelle
et d’une pelisse, avec une chemise maillée,
des souliers et des chausses de laine. »

Ves lieis vinc per la planissa:
— »Toza », fi·m ieu, « res faitissa,
dol ai car lo freitz vos fissa ».
— »Merce Dieu e ma noirissa,
pauc m’o pretz si·l vens m’erissa,
pauc m’o pretz si·l vens m’erissa,
qu’alegreta sui e sana ».

Vers elle je vins par la plaine
« Jouvencelle, lui dis-je, être enchanteur,
j’ai grand deuil que le froid vous pique. »
« Sire, dit la vilaine, grâce à Dieu et ma nourrice,
peu me chaut que le vent m’échevèle,
car je suis joyeuse et saine. »

— »Bela », fi·m ieu, « cauza pia,
destors me sui de la via
per far a vos compaignia;
quar aitals toza vilana
no deu ses pareill paria
pastorgar tanta bestia
en aital terra, soldana ».

« Jouvencelle, lui dis-je, objet charmant,
je me suis détourné du chemin
pour vous tenir compagnie
car une jeune vilaine telle que vous
ne doit pas, sans un compagnon assorti,
paître tant de bétail
dans un tel lieu, seulette. »

— »Don, tot mon ling e mon aire
vei revertir e retraire
al vezoig et a l’araire,
Seigner », so·m dis la vilana;
« Mas tals se fai cavalgaire
c’atrestal deuria faire
los seis jorns de la setmana ».

« Sire, tout mon lignage et toute ma famille,
je les vois retourner et revenir
à la bêche et à la charrue,
Seigneur, dit la vilaine;
mais tel se dit chevalier
qui devrait faire le même métier
durant six jours de la semaine. »

— »Bela », fi·m ieu, « gentils fada,
Vos adastret, quam fos nada,
d’una beutat esmerada
sobre tot’ autra vilana;
e seria·us ben doblada
si·m vezi’ una vegada,
sobeira e vos sotrana ».

«Jouvencelle, dis-je, gentille fée
vous dota, quand vous naquîtes,
d’une beauté suprême
sur toute autre vilaine
et vous seriez doublement belle
si je vous voyais une fois
Moi dessus et vous sous moi.

— »Don, hom coitatz de follatge
jur’ e plieu e promet gatge:
Si·m fariatz homenatge,
Seigner », so·m dis la vilana;
« non vuoil ges mon piucellatge,
non vuoil ges mon piucellatge
camjar per nom de putana ».

« Sire, homme pressé de folie
jure, garantit et promet gage;
ainsi vous me feriez hommage,
Seigneur, dit la vilaine;
mais, en échange d’une légère récompense,
je ne veux pas laisser mon bien le plus cher
pour être perdue de réputation. »

Ah ah ! piucellatge ! devenu  » mon bien le plus cher « . Il n’y a bien que l’Église catholique pour parler de « pucelle » aux jeunes enfants ! Je me souviens que ce terme « me questionnait quelque part » comme on cause de nos jours, quand j’étais jeune catéchumène (j’aime bien ces mots venant du grec ancien. Que voulez-vous, je n’ai pas été assez courageux pour faire du grec après une ou deux semaines où la prof de latin, madame Labach nous avait initié à son alphabet).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9chum%C3%A8ne

Jeune lecteur, tu ne dois pas me comprendre, toi qui a connu Nike Ta Mère en ton jeune âge.

P.S.

Yves Lavalade m’écrit :

  » Les vers du Trobador Marcabru :
…Si-m vezi’ una vegada,
Sobiran e vos sotrana.
sont accompagnés d’une traduction qui est en partie fausse : « si je vous voyais une fois / moi dessus et vous sous moi ».
Il faut comprendre littéralement  : « Si je me voyais une fois / moi dessus et vous dessous ».
Remarques :
– il y a bien Si’m; avec le pronom personnel de première personne et pas un autre.
vezïa : avec un -i- tonique et une élision du -a final (en limousin moderne : vesiá).
una vegada : est la façon de dire actuelle du catalan, notre langue sœur.
sobiran, du latin superanus, au-dessus. Voici un autre exemple en ancien occitan : grant fum sus aut en lo sobiran lòc de la montanha (une grande fumée tout là-haut au point le plus élevé de la montagne).
sotran(a), du latin subterranus, au-dessous.
La toponymie limousine a conservé ces deux adjectifs Bossoubrot (Bòsc Sobran), Combe Soubrane, Le Massoubre, Prassoubrot … Puy Massoutrot (Puég Mas Sotran, la colline de la ferme d’en bas), Combe Soutrane, Pré Soutre…
Comme quoi, la connaissance de l’occitan est le meilleur moyen de décoloniser les Occitans, colonisés de l’intérieur, au nom de la Liberté, de l’Égalité et peut-être… de la Fraternité. En leur restituant leur culture. Y. Lavalade « 

Une réponse à “Marcabru, poésie en occitan, « non vuoil ges mon piucellatge camjar per nom de putana « 

  1. « toi qui a connu Nike Ta Mère en ton jeune âge. » Nikè, c’est la victoire ! Brassens n’a pas résisté au plaisir de faire rimer catéchumène avec énergumène, sachant bien que le père Duval n’était qu’un ex-catéchumène.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s