Coronavirus : Le vaccin qu’on ne trouvera jamais (par Riss) et Le rat et l’éléphant de La Fontaine

Nous recopions ici l’éditorial de Riss dans Charlie-Hebdo, publié par Charlie sur Twitter ce jour mercredi 25 mars 2020

Le vaccin qu’on ne trouvera jamais

Riss ·

Qu’est-ce qu’on peut bien écrire d’intéressant dans une période comme celle-ci ? Chaque jour les médias nous abreuvent de reportages, catastrophiques quand ils interrogent les personnels soignants, pathétiques quand ils donnent la parole aux Français contrariés par cette épidémie qui les enquiquine. Contrairement à ce qu’on raconte, nous ne sommes pas en guerre, car aucune bombe n’est tombée sur nos maisons et personne n’a été raflé au petit matin pour disparaître à jamais. Le vocabulaire guerrier est utilisé de manière totalement abusive. Quels mots nous restera-t-il si demain une vraie guerre s’abattait sur l’Europe, comme celle qu’ont vécu les Syriens pendant quatre ans ? Une crise sanitaire très grave comme celle que nous vivons, c’est une crise sanitaire très grave et c’est déjà bien assez grave comme ça.

Une guerre pourtant, a bien eu lieu. Ou plutôt une guérilla silencieuse menée depuis des années contre les médecins et les personnels soignants, pressés comme des citrons en réduisant inexorablement leurs moyens de travail. Puisque la mode est aux comparaisons militaires, en voici une : pendant les grandes purges de 1936, Staline avait fait fusiller ses meilleurs officiers et ainsi affaibli l’Armée rouge qui s’était retrouvée complètement dépassée face à l’invasion allemande en juin 1941. Et bien l’hôpital français, après des années de réduction budgétaire se retrouve face au coronavirus comme l’armée rouge en juin 41 face à la Wehrmacht. Vous trouvez cette comparaison exagérée ? Peut-être parce que nous ne sommes finalement pas dans une vraie guerre.

Être informés qu’une crise sanitaire dramatique s’est abattue sur la France et l’Europe aurait dû suffire à rendre les gens raisonnables. Mais non, ils se baladent toujours dans les rues, font leur jogging pour être en forme alors qu’ils peuvent être tué en deux jours par ce virus et aussi contaminer les autres. Risquer la mort pour un jogging… « Impossible pas français » dit le bon sens populaire. C’est vrai : dès qu’il y a une connerie à faire, rien n’est impossible pour les Français. On est en train de découvrir à quel point le Français est con. Pas tous les Français, mais tout de même, quand on sait le nombre d’amendes infligées par la police à ceux qui se baladent dans les rues comme si de rien n’était, on se dit que jamais on ne trouvera un vaccin contre la connerie du beauf français qui se croit toujours malin, quand par exemple il quitte la ville pour la province, comme si la campagne était là pour son bon plaisir, et les provinciaux étaient ses domestiques à son service pour lui jouer la comédie de la vie qui continue.

Mais déjà on entend de beaux discours lyriques qui annoncent des lendemains qui chantent, quand tout sera fini, quand plus rien ne sera comme avant. Je n’y crois pas un instant. Dès que la peur se sera évanouie, le naturel reviendra au galop, les gens redeviendront instantanément aussi égoïstes, et à la première opportunité, ils recommenceront les mêmes bêtises qu’avant. Comme après les attentats de 2015 qui avaient soulevé une vague de solidarité nationale qu’on pensait éternelle, et que quatre ans plus tard, tout le monde se tapait dessus dans les rues au milieu des monuments en feu, pendant la crise des gilets jaunes.

Cette crise sanitaire dramatique fait naître chez certains l’espoir d’une société meilleure, dont chaque génération rêve d’être l’artisan. Comme si, seules des épreuves terribles étaient capables de nous faire progresser mais jamais notre propre volonté. Parce que de la volonté, finalement, en temps normal, nous n’en avons aucune.

On est en train de découvrir à quel point le Français est con

Il nous reste alors le silence. Le bruit et le tumulte ont disparu de nos villes et elles ressemblent aux cités abandonnées des civilisations disparues. Sous nos yeux se déroule le spectacle annonciateur de notre destin, qui est celui de toutes les époques. Ce petit virus minuscule de rien du tout, vient de nous faire découvrir le silence du Moyen-âge, quand les gens se cloîtraient chez eux pendant les épidémies et que les rues n’étaient dérangées que par le crépitement des crécelles des pestiférés. Quand tout sera terminé, on aimerait que ce silence soit préservé et que le plus grand nombre d’entre nous soient contaminés par l’humilité. « 

Luccini nous a lu et commenté sur Twitter

LE RAT ET L’ELEPHANT

Se croire un personnage est fort commun en France.
        On y fait l’homme d’importance,
        Et l’on n’est souvent qu’un bourgeois (1) :
        C’est proprement le mal françois .
La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d’une autre manière.
Leur orgueil me semble en un mot
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre,
Qui sans doute (2) en vaut bien un autre.
Un Rat des plus petits voyait un Eléphant
Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage (3),
Qui marchait à gros équipage (4).
Sur l’animal à triple étage
Une Sultane de renom,
Son Chien, son Chat, et sa Guenon,
Son Perroquet, sa vieille (5), et toute sa maison,
S’en allait en pèlerinage.
Le Rat s’étonnait que les gens
Fussent touchés (6) de voir cette pesante masse :
Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants.
Mais qu’admirez-vous tant en lui vous autres hommes?
Serait-ce ce grand corps, qui fait peur aux enfants ?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D’un grain (7) moins que les Eléphants.
Il en aurait dit davantage ;
Mais le Chat sortant de sa cage
        Lui fit voir en moins d’un instant
        Qu’un Rat n’est pas un Eléphant.

Puisque La Fontaine nous parle de rat et d’éléphant, on se souvient qu’il nous a parlé aussi de loup et de mouton.

Eh bien, la radio vient de nous parler de moutons !

«  Un homme de 50 ans été interpellé ce mercredi matin à Unieux, petite commune du département de la Loire alors qu’il était en train de promener… ses deux moutons. Il s’était rendu pour cela dans l’un des parcs municipaux, pourtant fermé au public en raison des mesures de confinement imposées par le gouvernement afin de lutter contre la propagation du coronavirus.

La police, qui patrouillait à cet endroit, a d’abord cru qu’il s’agissait d’un canular, précise-t-elle. Mais non. L’homme pensait réellement être dans son bon droit. « Il sera verbalisé pour le non-respect du confinement », ont indiqué les forces de l’ordre sur leur compte Twitter.« 

P.S.

« A-t-on demandé aux 73% de Français qui pensent que le gouvernement a tardé à prendre des mesures strictes combien :

– trouvaient le mercredi que les journalistes exagéraient ?

– disaient le jeudi qu’il ne fallait pas fermer les écoles ?

  • buvaient des coups en terrasse le vendredi ?  » @oliviersiou1

 

« Merci d’aller vivre ailleurs » : des soignants considérés comme des pestiférés par leurs voisins

https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200325.OBS26571/merci-d-aller-vivre-ailleurs-des-soignants-consideres-comme-des-pestiferes-par-leurs-voisins.html?utm_term=Autofeed&utm_medium=Social&utm_source=Twitter#Echobox=1585143656

Ben voyons ! Fuyons les soignants !

Confiné, confini ?

Il a écrit quoi Riss ?

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