11e jour de confinement, après la grande lessive de printemps

Les premiers jours, avec le retour du soleil, du ciel bleu, la quasi absence d’avions sur nos têtes (on n’a plus à rêver en lisant le nom des compagnies aériennes !), on est tous dans le jardin (un privilège !)… sauf ceux qui ne l’ont jamais entretenu quoique certains viennent de découvrir les vertus du jardinage. Le soir on se couche plus tôt et on s’endort plus tôt moins stressé. Le matin on n’est plus réveillé à 5 heures par le premier avion. On peut se préparer à sortir du lit en entendant le chant des oiseaux qui draguent.

On a hésité à faire marcher les tondeuses à pétrole. On voulait écouter les oiseaux. Les pies continuaient à casser de petites branches pour faire leur nid. Le rouge-gorge était toujours là au plus près de la maison. les sensilles osaient entrer dans le nichoir. Mais manifestement ce n’est pas cette année que pour la première fois elles y nicheront.

Jamais le jardin n’a été aussi bien entretenu. Les écologistes patentés vont crier au scandale ! Laissez faire la nature ! Je les rassure. Le liseron est toujours là. Il est comme la vérole sur le bas-clergé breton. Il se répand sournoisement sous terre. Et tente d’étouffer les rosiers. Bon je sais, des rosiers certainement issus de modifications génétiques comme les poireaux, navets, artichauts, pommes, poires etc. Et qui sait ? même les pissenlits du près à Bourdoux. Et cette saloperie de robiniers, faux-acacias qui pendant que je suis à Nantes sont en train d’enfoncer leurs racines sous la maison.

Ensuite on s’est mis au rangement. On a vidé les abris de jardins. Plus besoin d’abri. Le beau temps était installé. On a nettoyé les outils. On a fait des découvertes. Ah il était là le sécateur ! La tronçonneuse a comme toujours de l’huile qui fuit. Et l’huile c’est huileux !

Tous les jours, on voit le linge sécher sur les fils. On va bientôt manquer de lessive ! Mais il faut laver à au moins 60°. Après une étude scientifique, je peux vous dire que les fils à linge ne laissent presque plus de traces noires sur l’éponge quand je la passe dessus. Je ne peux vous dire ce qu’il en est de nos poumons.

On a appelé au pays. Ils sont habitués au confinement. Mais on ne mangera pas ensemble les cèpes mis en conserve. Et tonton n’aura pas mes huîtres sauvages récoltées à marée basse à Pénestin. Mon voisin, seul, travaille dans son jardin. Il coupe le bois. Il dégerme ses pommes de terre. Sans ordinateur, smart-phone, tablette, il n’a pas d’autorisation pour sortir. Il m’a dit avoir ses stocks de conserves « maison » et il a un congélateur. La catastrophe serait la panne d’électricité. Il est habitué à vivre bien de peu avec moins de 600 euros de revenus, bien qu’il ait travaillé dès 14 ans.

Faute du vélo urbain quotidien, il faut faire attention ! quand je ne fais pas de vélo pendant une semaine, la première fois que je m’y remets c’est dur. Alors je fais des marches rapides dans le lotissement. La rue est privée mais est-ce que je suis bien en règle ? Des voisins doivent se demander si je suis devenu fou, à tourner ainsi cherchant les parties ensoleillées. Pourquoi aller si vite si c’est pour revenir sans arrêt au même endroit. Mais je finis par arrêter ! et je vais voir si les radis sont sortis. Je ne suis pas prêt d’être auto-suffisant alimentaire !

On ne peut aller voir mémé à l’Ehpad. Lors de ma marche, j’y pense. Ma marche « locale » (on vous a dit de privilégier le « local » !) est-elle un prélude à ma future marche avec déambulateur dans les couloirs d’un Ehpad ou avec l’aide d’un kiné ?  La construction d’une extension de la maison (comme en ont fait nos deux voisin) aurait dû commencer. Comme on n’a pas de salle de bain et de chambre au rdc, on a prévu le handicap à domicile. Et puis ce serait plus facile d’être confiné dans cette extension qu’en collectivité.

A l’intérieur, tous les placards vont avoir été vidés, nettoyés à fond. Les murs, plafonds, dessus de meubles, lavés, désinfectés.

Depuis plusieurs années je n’utilise que savon de Marseille (le vrai) et savon d’Alep (le vrai). C’est économique, pas de problème de peau. Et c’est ce qu’il faut pour tuer le coronavirus ! Mais je n’ai pas fait de stock ! pas un seul de rab. Je ne sais si les gens ont dévalisé les commerces. Ou n’ont pensé qu’à leur cul.

Un petit-fils était étonné de mes rares cheveux derrière le crâne avec une demie couronne foncée et le reste gris, blanc. Du coup, j’avais demandé au coiffeur de tout me raser. Une minute. Et 15 euros. J’ai pensé qu’il faut être d’un autre monde pour faire médecin !  Du coup j’ai acheté la tondeuse à quelques euros à Lidl (pub gratuite !). Et je fais ça moi-même. Comme mon père l’a toujours fait. Mais ses outils, sa tondeuse à main sont restés au pays. Avec tristesse j’ai pensé au jour où il m’a demandé de lui passer la tondeuse. Il ne pouvait plus le faire. J’ai repensé aussi à la taille de son jardin qui diminuait chaque année. Et cette année, c’est sûr, mes jardins risquent de faire l’admiration des écologistes patentés !

Et les réseaux sociaux ?

Je ne retweete plus. Je ne commente plus. Je ne fais que rediffuser mes billets de blogs.

La télévision étant toujours débranchée, je m’informe par Tweeter. Je suis abonné aux journaux (dont bien sûr Le Populaire du Centre, Ouest-France).

Je lis des horreurs. On est bien en guerre si on considère ces horreurs rappelant celles qui ont été rapportés en matière de comportements de Français pendant la dernière guerre mondiale. Le « mouvement » des Gilets Jaunes a boosté la parole des imbéciles, de ceux qui vous mettent en garde contre le monoxyde de dihydrogène , les sachants à l’orthographe débridée, …

Hier un « tweeteur » breton qui postait de belles photos de Bretagne nous a posté une photo des tuyaux qui lui sont connectés dans la chambre d’hôpital où il vient d’être admis.

Alors j’économise ma relecture de La peste de Camus. Un chef-d-oeuvre !  Tous les soirs. Je sais que de nos jours c’est Virginie des Pentes qu’il faut apprécier. J’avoue que je n’ai pas réussi à la lire. Je dois être encore plus vieux que Bernard Pivot qui lui l’apprécie ! Je  recopie des extraits de Camus me remettant à l’écriture cursive sur papier au stylo « à encre ».  En fait, c’est presque tout que je recopie !

 » A partir de ce moment, il est possible de dire que la peste est notre affaire à touts.

A la vérité, il fallut plusieurs jours pour que nous rendissions compte que nous nous trouvions dans une situation sans compromis, et que les mots « transiger », « faveur », « exception », n’avaient plus de sens. »

 » Je m’imagine ce que doit être cette peste pour vous. Oui dit Rieux. Une interminable défaite. « ‘

« Qui vous a appris tout cela, docteur ? La réponse vint immédiatement : la misère « 

Et je me lis à haute voix une fable de La Fontaine. Comme  P. Luccini qui nous fait des lectures tous les deux jours sur Tweeter, j’ai un vieux petit livre hérité de mon père (qui comprend aussi des textes d’Esope)  en plus du gros volume illustré par Gustave Doré.

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