Je me souviens de Mauléon-Soule et de ses espadrilles… et de Pataugas

Vu hier soir une émission sur le Pays Basque. M’a rappelé un été dans la région – nous avions visité une filature –  et les espadrilles que vendait mon père.

J’ai connu Mauléon-Soule avant le Mauléon

https://fr.wikipedia.org/wiki/Maul%C3%A9on_(Deux-S%C3%A8vres)

qui se trouve sur la route de Nantes à Montaigu à Poitiers ! Et on a une 4 voies de Nantes à Cholet puis à Mauléon !

https://www.espadrilles-mauleon.fr/fr/

marixu-transat

Le fil retors du tissu basque.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Maul%C3%A9on-Licharre

Je me souviens que jeune j’avais tenté de faire des semelles avec de la corde de jute.

 »

Pataugas lâche les Basques

Par Abescat Bruno,

Le célèbre brodequin faisait la fierté de Mauléon. Après des années d’aventure et de succès, il est menacé. Récit d’une grande randonnée.

Mauléon-Soule, au pied des Pyrénées, capitale de la plus petite des sept provinces basques, haut lieu de l’espadrille et berceau des célèbres Pataugas… Ici s’arrête le lyrisme style guide Michelin. La suite ressemble davantage à la chronique, triste et banale, d’une entreprise menacée de disparition, les établissements Giraudier, dernier fabricant de ces chaussures de légende.

 

Pataugas: compagnon increvable du randonneur, accessoire indispensable du chasseur et du pêcheur, godillot vénérable du fantassin en Indochine et en Algérie. Bref, l’ami des marcheurs, du scout anonyme au grimpeur de la roche de Solutré, François Mitterrand lui-même, dit-on. Une marque devenue un nom commun, à l’instar de Frigidaire, Bic ou Klaxon.
[…]
Car l’aventure de Pataugas a commencé, ici, après guerre. Le créateur, René Elissabide (en basque, «le chemin de l’église»), est un enfant du pays. Terrible, comme il se doit. Aux idées géniales et aux multiples faillites. Les plus anciens en parlent avec respect, parfois une pointe d’ironie, et encore beaucoup d’admiration.

«M. René»? Un touche-à-tout vibrionnant, à l’origine de la prophylaxie de la tuberculose bovine, auteur de plus de 60 brevets; producteur de chaussettes en laine des Pyrénées, de produits insecticides, d’espadrilles; créateur d’un apéritif (le Retap) et, durant la guerre, d’un savon (le Devor) à base de résine des Landes, de sciure et de soude caustique – un vrai décapant! Ce Géo Trouvetou se transforme également en notable local: conseiller général du canton pendant dix-neuf ans, député suppléant, propriétaire d’un journal («Le Miroir de la Soule»), défenseur du folklore et initiateur d’une liaison routière vers l’Espagne… Entre autres choses!
Mais Pataugas couronne son oeuvre. Dans les années 30, déjà, Elissabide a lancé la sandale Regum – «RE» pour ses initiales et «gum» à cause de la semelle de caoutchouc. Aujourd’hui, l’idée paraît évidente, mais ce sont des enfants espagnols qui l’ont inspirée à l’industriel: une poignée de marmots d’un village de la vallée de Roncal chaussés d’

«abarcas», joli nom pour désigner les vieux bouts de pneu qu’ils fixaient à leurs pieds par des lacets. Adaptée et améliorée – avec l’aide d’un technicien du caoutchouc, un certain Giraudier – la charentaise Regum fait un malheur.

Ce n’est encore pourtant qu’un galop d’essai. En 1948, de retour d’un voyage d’études aux Etats-Unis, le Basque imagine un brodequin de toile, léger mais très résistant, apte à une utilisation intensive. Quelque chose entre la sandale de jute et la très grosse chaussure de montagne. Le Pataugas est né (ainsi dénommé après que Pataugex ou Patagom eurent été éliminés) et, dans la foulée, une nouvelle façon de marcher: «Je n’évite pas les flaques. Je les cherche!» dit la réclame.
Le succès est immédiat. De 10 ouvriers en 1949, l’affaire en emploie plus de 400, pour la seule fabrication, dès le milieu des années 50. Chaque jour, 4 000 paires sortent des ateliers, deux ou trois wagons sont expédiés de la petite gare de Mauléon. Rien ne paraît pouvoir perturber la production. Ainsi, le 7 septembre 1950, un incendie ravage l’usine. Quinze jours plus tard, l’activité reprend. En 1952, pendant près de deux mois, une grève générale paralyse l’ensemble des entreprises du pays, sauf Pataugas, où les salaires sont substantiels.

Coûte que coûte, il faut satisfaire les commandes. Et d’abord celles de l’armée française, qui équipe les «p’tits gars» en partance pour l’Indochine puis l’Algérie.
Avec un sens aigu de la communication, René Elissabide soutient le mouvement à grand renfort de campagnes publicitaires et de promotion. Le monsieur a la bosse du commerce.

Il organise un grand prix du Pataugas cycliste, un tour de Lille des garçons de café, chaussés comme il se doit. Du «Chasseur français» à «France-Soir», il multiplie les réclames, et l’on voit, par exemple, Xavier Echaniz, alors «l’homme le plus fort du monde», porter des Pataugas, des «chaussures pour les travaux de force»…
Elissabide a surtout deux formidables idées: il utilise de solides marcheurs qui travaillent dans sa fabrique – les «trois Etche» (Etcheverry, Etchegoyen, Etchebarne) – pour accomplir de longs raids à travers la France et l’Europe. Les gaillards sont chaussés de mocassins Iowa – une autre invention du Basque! – mais les caravanes publicitaires qui les suivent jusqu’à Strasbourg, Londres, Lille, San Remo, Gibraltar… vantent, à chaque étape, les inusables Pataugas.

Sans Elissabide, très mondain, toujours entouré de jolies femmes, jamais Charlie Chaplin, Luis Mariano, Gabrielle Dorziat et Fernandel n’auraient connu Mauléon. Pour Pataugas, quels meilleurs ambassadeurs? L’ancien chef de fabrication, Joseph Erreguible, 82 ans, le béret basque vissé sur la tête, n’oubliera jamais ce jour où il fit visiter les ateliers à Ginger Rogers! Enfin, la consécration vient du général de Gaulle. Saluant l’inventeur lors d’une foire à Pau, il proclame: «Votre marque Pataugas est connue partout.» Une tautologie bien gaullienne. L’apothéose.
Et déjà, le début du déclin. Les années 60 amènent la fin des guerres coloniales, une concurrence de plus en plus vive, et de nouvelles modes. Les difficultés s’accumulent. Le Basque, de plus en plus malade, décède, le 25 février 1967, à l’âge de 68 ans. Deux ans auparavant, jour pour jour, sa société était fermée. Rachetée aux enchères par un entrepreneur d’Alès, Louis-Clément Saltel, Pataugas va connaître une longue traversée du désert et une vie chahutée. En 1979, Saltel finira par céder la marque à l’entreprise Jallatte, qui, elle-même, sera reprise, en 1981, par André. Et il faudra attendre encore dix ans pour que ce groupe songe véritablement à relancer son exploitation par le biais d’une société de négoce du Val-de-Marne, Harika. Le plus étonnant? Pour confectionner les derniers modèles de Pataugas, cette firme va se tourner, en 1994, vers un fabricant de chaussures, les établissements Giraudier (créés par ce même technicien du caoutchouc jadis associé à Elissabide), situés à Mauléon. Ce choix ravit, bien sûr, les habitants. On ne parle plus que d’un juste retour aux sources et on se reprend à rêver. Pas pour longtemps. Fin mars, Harika dépose son bilan, laissant la maison Giraudier avec une ardoise de quelque 4 millions de francs qui la contraint à cesser son activité.
Jamais, de toute manière, Pataugas n’a recouvré sa notoriété d’antan. Ces dernières années, son principal concurrent, Palladium (créé en 1947 et basé dans l’Isère), lui a même volé la vedette. En adaptant son produit d’origine (la Pallabrousse) en version basse (le Pampa); en multipliant les coloris, et en délaissant les traditionnels magasins de chasse et de pêche pour les boutiques de mode. Résultat: 3 000 paires vendues en 1987; 1,2 million en 1994, dont les trois quarts à l’exportation. Comble de honte: Palladium a assigné Pataugas pour contrefaçon. Avec succès!
A Mauléon, les syndicats ont lancé des pétitions pour que le groupe André accepte de ramener la chaussure fétiche au pays. Les chances paraissent bien minces. Seule consolation: nombre de jeunes clients continuent de demander des Pataugas pour acheter en réalité des Palladium. Entrés au Panthéon des marques, les brodequins basques risquent de disparaître des magasins.   »

Merci à L’Express pour cet article

https://www.lexpress.fr/informations/pataugas-lache-les-basques_608640.html

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