L’anglicisation du français et les diphtongues de l’occitan et de l’anglais

https://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/jean-pruvost-la-langue-francaise-ne-se-donne-pas-elle-se-gagne-20201031

Je vous conseille la lecture de cet article. Ce n’est pas un tweet !

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Quand a commencé le virage vers l’anglicisation de la langue?

Avec le traité de Versailles de 1919, rédigé en anglais et en français, on a tout d’abord perdu la primauté du français en tant que langue diplomatique. Clemenceau, dit le Tigre, parlait parfaitement l’anglais, son épouse était américaine, et le tigre s’est fait «tiger». Cela étant, c’est avec la Première guerre et surtout la Seconde, que les Américains exportèrent leur langue et notamment par le biais de l’american way of life. Ce nouveau style de vie qui séduisit les Français apporta ses mots. C’est pour cela que l’on a joué au «flipper» tout en écoutant au «juke-box» un «rock’n’roll» ou un «blues»… Il ne viendrait plus à l’esprit de personne de traduire ces derniers mots désormais ancrés dans la langue. Ces termes, en réalité, ne sont pas trop gênants parce qu’ils apportent de nouvelles réalités. Ainsi, Etiemble s’insurgeait-il davantage sur le «full-time» et le «part time», qui il faut le reconnaître, ont disparu de l’usage.

Pourquoi utilise-t-on des mots anglais si le français se suffit?

Il y a toujours eu une partie de la population snob, prétentieuse, qui a cru que s’exprimer dans la langue du dominant lui permettait de faire partie des dominants. Je le perçois non pas comme une forme de lâcheté, mais de soumission. D’un côté ces personnes détestent et critiquent la société de communication, de l’autre, les mêmes l’alimentent avec le vocabulaire anglo-américain,. Or les anglophones trouvent notre globish totalement ridicule, ils préféreraient un bon anglais. «Plus d’une langue» dit à juste titre Barbara Cassin.

Cette attitude de soumission est souvent au reste celle des apprentis sorciers. Je m’explique, quand j’ai commencé à faire de la linguistique, je découvrais des mots compliqués. Certains de ces mots techniques étaient utiles dans ma spécialité, mais pas en dehors. Parfois, en jeune loup, on a un plaisir naïf à les employer à tout propos, ensuite on a honte d’avoir fait l’intéressant. C’est la même chose avec les anglicismes. On découvre tel ou tel anglicisme et on fait preuve d’une autosatisfaction vaniteuse vis-à-vis de ceux qui ne maîtrisent pas encore ledit mot.

» LIRE AUSSI – Le passionnant périple de Jean Pruvost au cœur des dictionnaires

Pourquoi avons-nous tant de mal avec l’anglais alors même que nous noyons nos phrases d’anglicismes?

Il ne faut pas oublier que les Anglais sont pour ainsi dire totalement monolingues. Ne battons donc pas notre coulpe! Nous sommes en réalité meilleurs en anglais qu’ils ne le sont en français. Cependant, nous avons des difficultés avec l’anglais depuis que nous avons perdu les caractéristiques phonétiques que nous avions au Moyen Âge. Je pense notamment à la diphtongaison. Notre prononciation a totalement changé et donc, la diphtongaison a disparu avec le français normé. On disait «to-ïle» et «fle-ür» qu’on retrouve en définitive dans «towel» et «flower». Avec cette disparition de la diphtongaison, nous avons désormais du mal à percevoir la prononciation diphtonguée de l’anglais, tout comme l’accent tonique nous perturbe. Ce n’est donc pas tant sa grammaire que son accent qui nous fait défaut.

Notre deuxième problème avec l’anglais, c’est que la syntaxe diffère ainsi que la nature philosophique de certains mots. Le français propose des mots précis quand l’anglais est orienté vers le générique. Quand on parle de «management», on est embêté: s’agit-il de la gestion ou de la gérance? On perd souvent en précision en choisissant l’anglais. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ancien_occitan

Relisons J.P. Reydy, Notre occitan.

Il développe excellemment le sujet des diphtongues et même des triphtongues et la quadriphtongue, los uelhs. Un connaisseur de l’anglais (il l’enseignait) et de l’occitan.

 » Comme en anglais, elles sont très nombreuses. Elles font partie de ces éléments qui constituent l’originalité de la langue d’oc parmi les autres langues dérivées du latin. « 

« Une fois qu’on sait que l’on dispose de plusieurs mots pour mieux le dire en «français», on abandonne facilement l’anglais de vaniteuse pacotille. Il faut en fait développer un réflexe de modestie. La langue française ne se donne pas, elle se gagne. En prenant de l’âge, les jeunes gens qui s’expriment en jargonnant au départ, vont découvrir que la langue française est plus riche et gagnante auprès de tous. L’élégance se travaille, l’anglicisme relève souvent d’un snobisme pour ainsi dire vulgaire masquant inconsciemment une paresse de la pensée et de la recherche du bon mot. Les amis de mon quartier avec qui je prends un café au comptoir, mes grands-parents qui n’ont pas fait d’anglais, se sentent méprisés quand on leur parle du «farmcoaching» pour améliorer ses «softskills»… Ça leur donne mal à la «head»! »

« On emprunte à l’anglais et ce faisant on s’y soumet tout en critiquant hypocritement la mondialisation. Certes l’anglais est plus court mais je ne vois pas en quoi «réserver la date» serait moins bien que «save the date»! Par ailleurs, les calques anglais («être juste sympa», «initier une enquête») sont aussi dommageables au français ; s’ils perdurent, ils déforment nos constructions grammaticales. À mon sens donc, il importe de bien apprendre le français d’une part, et l’anglais d’autre part, en prenant bien conscience qu’on a affaire à deux systèmes distincts. Il y a de fait un réel effort d’enseignement à mettre en œuvre pour une meilleure maîtrise de notre lexique, et vous savez combien je défends l’idée que connaître l’histoire de sa langue est essentiel pour la vivre pleinement. Plus on a conscience de l’histoire de notre langue, plus on a à cœur de l’honorer.« 

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