Edgar Morin, Hautefort et le Périgord (extraits de Les souvenirs viennent à ma rencontre)

Fayard, 2029
Edgar Morin en conférence à Nantes , Université Permanente

 » J’étais assis à côté d’une étudiante, dont je remarquai le fort accent régional […] Elle était issue d’une famille rustique du Périgord, de Hautefort plus précisément, un bourg situé sur une colline, dominé par un imposant château dont le premier propriétaire était le baron de Bastard. Son père, Adrien Chapellaubeau, avait une petite conserverie artisanale à Tourtoirac qu’il aurait pu exploiter sous l’Occupation et devenir riche, mais qu’il a négligée ; il disposait de quelques biens immobiliers. Sa mère, d’origine corrézienne, née Entraygues, était institutrice à Hautefort. Par le biais de Violette, ils logèrent, protégèrent et planquèrent des réfugiés juifs. Le père avait été le premier socialiste du bourg, et nombreux en Périgord étaient les représentants rustiques du peuple républicain de gauche.

En fait, l’enfance de Violette fut tragique […] Le mariage de ses parents procédait d’un arrangement de famille, et elle se sentait tellement malheureuse dans un foyer sans amour qu’à l’âge de 5 ans, elle avait demandé à une bohémienne dans sa roulotte de l’emmener avec elle ; comme son père s’approchait, elle avait insisté de plus en plus en pleurant, jusqu’à ce qu’il la fasse entrer de force à la maison. A 7 ans, elle vécut un nouveau drame. Elle avait compris que sa mère , institutrice, avait une liaison amoureuse avec un beau collègue à grande cape, qu’elle rencontrait dans une maison voisine abandonnée. Le père en fut avisé par une dénonciation téléphonique alors qu’il se trouvait à Tourtoirac. [on va dépasser la « courte citation » ! lisez le livre !]

La nourriture de Christine, entièrement au feu de bois, était exquise et je n’ai jamais goûté d’aussi délicieuses pommes de terre rissolées à l’ail.

J’appréciais les grillons, sorte de rillettes en morceaux que faisait le boucher voisin et j’aimais les gueuletons périgourdins […]

nous fîmes des fouilles dans les grottes des falaises de la vallée de l’Auvézère, près de Tourtoirac, […]

Marguerite Duas vint nous voir. Elle était curieuse de notre vie là-bas. […]

J’avais également découvert la famille corrézienne de la mère de Violette. Ils avaient une ferme dans un hameau, Russac, près de Turenne […]

https://fr.wikipedia.org/wiki/Turenne_(Corr%C3%A8ze)

https://saintyrieixlaperche.wordpress.com/2020/07/18/je-me-souviens-de-la-salers/

Ils n’avaient encore ni eau ni électricité. La cuisine se faisait dans l’âtre de la cheminée. Ces Entraygues étaient de braves gens, simples, intelligents, aimables. La tante Adeline, sœur de Christine, vint à Paris pour la naissance d’Irène. Elle arriva à la gare avec aux poings quatre poules vivantes tenues par deux, et de fabuleuses victuailles. Nous la laissâmes un jour à la cuisine et au retour elle nous accueillit triomphalement : « J’ai soufflé, soufflé, mais finalement éteint le feu.  » Elle avait soufflé pour éteindre la flamme du gaz qui continuait à s’échapper sans qu’elle s’en rendît compte. Nous nous hâtâmes de fermer le robinet.

« Violette Naville-Morin est morte mardi 2 décembre. Elle était née le 4 août 1917, à Hautefort (Dordogne). De ses maîtres en philosophie, Alain et Jankélévitch, Violette Naville-Morin avait hérité le culte de l’ironie et le sens de la formule frappée. Mais elle ne devait qu’à sa passion pédagogique et à sa naissance périgourdine l’emprise d’une voix chaude, un peu rocailleuse, qui forçait l’écoute des plus blasés. A Toulouse, pendant la guerre, elle participe à la Résistance étudiante et fait la connaissance d’Edgar Morin, son premier mari (elle épousera ensuite Pierre Naville). Puis elle enseigne la philosophie en province. En 1960, elle s’associe à Georges Friedmann, Edgar Morin et Roland Barthes pour créer, à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, le Centre d’étude des communications de masse. Chaleureuse, enthousiaste, débordante d’idées, elle est le trait d’union fédérateur de ces personnalités si diverses. Devenus classiques, ses travaux sur L’Ecriture de presse et sur L’Histoire drôle ont ouvert des sillons fertiles : un centre québécois, sous l’impulsion de Lise Chartier, se consacre à l’analyse des journaux selon la méthode définie dans L’Ecriture de presse (ce livre de 1969 vient d’être réédité cette année sous la direction de Lise Chartier aux Presses de l’Université de Québec). Quant à L’Histoire drôle,cet article a jeté les bases d’un ouvrage sur le comique auquel Violette Naville-Morin a travaillé jusqu’à ses derniers jours, et dont sa fille, Véronique Grappe-Nahoum, assurera la publication. »

https://www.lemonde.fr/archives/article/2003/12/04/violette-naville-morin-philosophe_344661_1819218.html

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