Je me souviens de « Bretons de Plozevet  » (André Burguière, 1975)

Il est interdit …

  • « aux enfants absolument de cracher sur le plancher dans toutes les classes »
  • « d’entrer en classe avant l’heure réglementaire et sans autorisation du maître de surveillance;
  • « de stationner dans les couloirs ou de jouer dans les classes pendant les récréations ;
  • « de lancer des galets et autres projectiles ;
  • « de jouer à des jeux dangereux : saute-mouton, grimper aux poteaux … etc
  • « de jouer avec les lavabos ;
  • « de parler breton entre camarades. »

cité dans Bretons de Plozevet
p. 299
C’était au début du XXe siècle

André Burguière, Flammarion, 1975

De 1962 à 67, anthropologues, médecins, psychologues, sociologues, démographes, ethnologues, géographes, historiens ont étudié Plozevet, commune bigouden de 3800 habitants.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ploz%C3%A9vet

« 

Dans la décennie 1960 et les années suivantes, Plozévet s’enorgueillit d’avoir donné naissance à une centaine d’instituteurs, une dizaine de licenciés, sept agrégés, un recteur de l’Académie de Rennes (Henri Le Moal), un membre de l’Institut, le directeur du Collège littéraire de Brest (Pierre Trépos), etc. Ce palmarès impressionnant à l’époque pour une commune de moins de 4 000 habitants, probablement un record de France, trouve son origine dans la politique scolaire volontariste menée dès la fin du XIXe siècle par le maire républicain Lucien Le Bail et amplifiée pendant l’Entre-deux-guerres par son fils Georges Le Bail102.

À Plozévet, la réussite scolaire n’est pas, comme dans le Léon, une tradition de riches encadrés par des prêtres, mais un combat novateur de pauvres (vers 1900, une grande partie des élèves venaient à l’école pieds nus), une émancipation socioculturelle quasiment révolutionnaire, encouragée au départ par la dynastie Le Bail »

Les enquêtes socio-culturelles de Plozévet

L’enquête se déroule entre 1961 et 1965. Une centaine de chercheurs se sont succédé pendant 5 ans. Environ 40 rapports ont été écrits. Sous la direction de Roger Morillère, 5 films ont été tournés dans le cadre : Le Bourg, Les Pêcheurs, Les Agriculteurs, Les Gestes du repas et Le Costume. Un sixième film a été réalisé en 1999 par Ariel Nathan, Retour à Plozévet103. En 2000, une partie des archives de l’enquête (fonds Robert Gessain) a été déposée au Centre de recherche bretonne et celtique de l’Université de Bretagne-Occidentale.

Le sociologue Edgar Morin y a séjourné pendant près d’un an à partir du printemps 1965 pour y mener une étude qui a fait l’objet d’un livre : Commune de France, la métamorphose de Plodémet (sic)104. Il y décrit une population atypique par sa forte scolarisation (avec en particulier un grand nombre d’agrégés).

Le choix de Plozévet s’est fait notamment en raison de sa position reculée et du fort taux de luxation congénitale de la hanche dans le Finistère sud, dont la cause supposée à l’époque est la consanguinité105. L’ensemble de ces facteurs étaient le signe d’une culture rurale intacte.

Cette enquête sociologique a été critiquée par certains : Jean Rohou par exemple a écrit : « Une centaine d’enquêteurs s’est abattue sur Plozévet entre 1961 et 1967 dans le but d’y faire une enquête sociologique approfondie, en particulier afin de montrer les réactions d’une communauté restée jusque-là traditionnelle face à la modernité. Mais ils ont regardé les habitants comme des arriérés, d’un point de vue de Parisiens ; de plus la plupart des enquêteurs ignoraient le breton, qui était encore la langue principalement utilisée par une bonne partie de la population et les « indigènes » [parfois qualifiés de « ploucs » par Edgar Morin] se sentant espionnés ont souvent été réticents à se livrer ». Edgar Morin en a tiré un point de vue passéiste et assez méprisant ; parlant d’un village de Plozévet, il le décrit ainsi : « C’est le hameau rural archaïque, avec le tas de fumier devant chaque ferme, des animaux, pas d’auto, gadoue et purin, le chemin sillonné et boueux, les regards de bêtes des gens rencontrés, beaucoup de buissons et d’arbres (…). La vie animale et végétale nous remplit d’un sentiment de rusticité totale » a écrit par exemple Edgar Morin dans le « Journal de Plozévet »

Edgar Morin parle pages 488-493 de « Les souvenirs viennent à ma rencontre », Fayard, 2019 de ce sujet. Et se défend.

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