Je suis non seulement boomer, je suis aussi de la « génération extérieure »

J’ai entendu ce matin à la radio que la génération actuelle est la « génération indoor » (faut parler inglich sinon ce n’a vaut rien).

« Récemment, quelqu’un de ma connaissance a proposé à son fils d’aller faire « un petit tour dehors ». L’enfant en question a alors tenté un habile marchandage, essayant de troquer cette sortie hivernale contre une heure de Ring Fit Adventure,un jeu vidéo sur Switch qui propose d’effectuer des activités physiques devant l’écran. Après tout, pourquoi pas ; il fait froid dehors. Contre vents et marées numériques, le parent a tenu bon, et l’enfant a finalement enfilé son blouson, puis humé l’air frais (et sans doute un peu pollué) du monde extérieur. Cas isolé ? Certainement pas. En 2006, les géographes néerlandais Lia Karsten et Willem Van Vliet soulignaient dans leurs travaux l’avènement d’une figure emblématique de l’époque, celle de l’« enfant d’intérieur » (indoor child). »

Cet enfant indoor reflète en premier lieu les comportements des adultes qui l’entourent, eux-mêmes happés par l’attractivité douillette d’une sphère domestique aux allures de refuge inexpugnable. Dans un livre récent, le journaliste Vincent Cocquebert a appelé La Civilisation du cocon (Arkhê, 163 pages, 16,50 euros) ce grand mouvement de repli qui nous fait envisager les soirées Netflix sous la couette comme un antidote à tous les maux du monde. Résultat : d’après une enquête YouGov de 2018 menée dans quatorze pays d’Europe et d’Amérique du Nord, les adultes qui s’imaginent passer 66 % de leurs journées en intérieur y sont en réalité 90 % du temps. L’enfant indoor est donc le pur produit d’un monde qui se replie sur lui-même, se calfeutre, se pelotonne. Un monde qui affectionne les canapés mous et la culture scandinave du hygge. Dans ce contexte, le temps consacré à la vie en extérieur est de plus en plus résiduel, pour ne pas dire presque clandestin. […]

L’ancien figurant de La Guerre des boutons est devenu un petit elfe de salon, chaussons Pokémon aux pieds, qui navigue d’une préparation de gâteau au yaourt à une partie de Puissance 4. Curieusement, la plupart des adultes constatent, et regrettent, ce rétrécissement géographique des possibles qui affecte leur progéniture, alors qu’ils en sont pourtant les premiers responsables. »

https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2022/01/02/parentologie-allons-nous-elever-une-generation-d-enfants-d-interieur_6107913_4497916.html

Je me souviens d’une réflexion faite par ma première prof de latin et de français. Elle m’avait traité de « gamin des rues ». En faisant ses courses elle m’avait rencontré plusieurs fois… dans la rue. Je pense que j’ai eu droit à ce qualificatif car je m’étais planté dans un déclinaison latine.

Mes parents nous ont toujours laissés libres. Et ils n’étaient pas les seuls à le faire avec leurs enfants. Parfois on exagérait. Quand on faisait des cabanes au Petit-Bois sur la route de Montluc, il nous arrivait d’oublier de rentrer pour dîner. C’est qu’on avait fabriqué un four en terre et qu’on y cuisinait. On s’installait ensuite dans la cabane qui sentait bon les fougères pour déguster nos pommes de terre.

Mon copain Claude me faisait des concerts d’orgue à l’église. On a passé certaines nuits à se promener sur le chemin de ronde, dans le clocher. On savait où la sœur Emmanuelle planquait la clé de la porte du clocher, à gauche en entrant par le porche (ne le répétez pas, la clé était pas loin).

On a aussi fait de grosses conneries.

Comme marcher sur les voûtes de la collégiales pendant des mariages ou des obsèques. Les participants aux cérémonies ont dû penser à une bénédiction divine. Emprunter l’échelle pourrie qui montait au clocher du Chalard. Tirer des flèches au dessus du toit de la collégiale…flèches qui sont pour certaines tombées par chance sur la capote d’un landau place du moustier. Jeter des coings au dessus des toits à partir du jardin de Claude, place du moustier. Les coings tombaient rue du marché.

Nous sommes toujours allé à l’école dès la maternelle, puis au lycée, à pied. Sans avoir seulement une fois été accompagnés des parents.

Avec le vélo nous allions le plus loin possible. Mais mon père me mettait en garde quand j’allais à Châlus. Ne pas couper la nationale qui va de Périgueux à Limoges sans faire extrêmement attention.

Mes enfants jouaient beaucoup dans la rue du lotissement à Nantes avec les enfants des voisins. Ils avaient même tracé un terrain de tennis. Ils jouaient aussi sur les trottoirs aux échecs, aux dames. Il y avait moins de voiture alors il y avait plus de place. Ils sont allés à l’école sans accompagnement assez tôt.

Maintenant, je vois ce qu’il en est avec un petit-fils. Effectivement il est entré dans la génération d’intérieur. Cependant, il joue au foot et au basket (en extérieur !). A l’intérieur les jeux sont à l’ancienne, en présentiel comme on dit de nos jours, et avec manipulations. Il connaît les noms des différentes clés , allène, à molette, plate, à tube..!

Mais nous ne sommes pas autorisés à le déplacer derrière notre vélo. Alors que nos enfants ont connu ça. Et ce n’était pas avec les sièges confortables et « sécuritaires » actuels. Quant au sièges pour enfants dans les voitures dans les années 70/80…

Maintenant qu’on fait attention à tout, on a des vendeurs d’alcool ouverts 24h/24, les herbes ou les poudres sont vendues à la vue de tous en centre ville, les revues de femmes à demi nues ont quitté les rayons près du plafond à la maison de la Presse, les smart-phones les ont rendus complètement désuètes. D’ailleurs le catalogue de la Redoute n’a plus de succès avec ses pages de lingerie féminine d’antan qui, m’a dit un ancien collègue, s’échangeaient sous le manteau dans la cabinets des écoles des frères. On n’avait pas de telles écoles dans le Pays de Saint-Yrieix !

3 réponses à “Je suis non seulement boomer, je suis aussi de la « génération extérieure »

  1. Mêmes expériences pour moi avant 1955…. aller à l’école primaire à pied (plus d’une heure aller et retour), passer par le Jardin public jouxtant la rue de la fin de la guerre, monter sur la batterie de canon délaissée dans le parc et jouer un moment à la guerre, courir les derniers 300 mètres pour ne pas être en retard à l’école.

  2. Un lecteur ancien arédien m’écrit :
     » excellente analyse. Pour moi, avec les fils des gendarmes, avant les
    balades en vélo, c’était le foirail, la place de la République, la
    rue des Jardins pour la descente en traîneaux à roulettes (en
    roulements à billes, trouvés chez le ferrailleur) et l’étang Baudy, le viaduc « 

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