Mes premiers Anglais

Il était de tradition en Périgord de voir les Anglais arriver à Pâques. Ils venaient de leurs écoles jouer au rugby en Dordogne. C’était dans les années 60.

Au lycée j’ai fait de l’anglais (et aussi un peu d’allemand non obligatoire. Il baissait ma moyenne qui n’était pas fameuse, alors je l’an abandonné. Et j’ai conservé la Lorelei ! et der die das, et l’écriture gothique qui servait pour les panneaux des ostensions).

Le prof d’anglais était Furelaud. Son frère était boucher boulevard de l’Hôtel de ville. Je me souviens que le premier cours avait commencé par l’enseignement d’un truc curieux : l’alphabet phonétique. Comme si l’anglais n’était pas assez compliqué ! et je ne me souviens pas que l’on nous ait dit pourquoi cet alphabet. Plus tard j’ai fui le grec qui lui aussi avait un alphabet à lui. J’allais retrouver l’alphabet phonétique et la phonologie en certif de linguistique générale à Nantes.

Pendant toute ma scolarité au collège (puis lycée Darnet), je n’ai pas dû parler en anglais (enfin, en ce qui était censé être des mots anglais) plus d’une demie heure. Un quart d’heure doit être plus juste.

Je ne sais plus en quelle classe j’étais quand deux anglais venant de la Loue, ont parcouru la place et la rue du marché sur leur vélo. Ils se sont arrêtés pour peut-être acheter de quoi manger. J’ai tenté de leur parler. Je n’ai pas compris ce qu’ils me disaient et eux n’ont pas compris ce que je leur disais. Ça ne communiquait pas !

Lisant Le temps de l’école de Louis Tamain (il est né en 1920 à Donzenac, Corrèze, donc 26 ans avant moi) j’ai retrouvé bien des choses que j’ai connues. Dont sa rencontre avec des Anglais. Je cite

 » Un Anglais est en panne en bas de notre côte ! […] tu as été premier ce trimestre, tu dois pouvoir te débrouiller. Une conversation ne peut faire que du bien ! […]

J’essayai dans une effort louable une improvisation, une entrée en matière, ce que je pouvais. Je m’escrimai en vain ! […]

Nous en étions là […] quand mon frère arriva aux nouvelles.

 » Alors,qu’est-ce qui lui arrive ? – Que veux-tu, je n’en sais rien, il ne comprend rien ! « 

Le résultat fut immédiat et je m’entendis dire dans un français irréprochable à peine teinté d’accent :  » Ah ! Bien ! C’est parfait ! Vous parlez aussi le français ? « 

Ma parole, il avait certainement cru être tombé sur le seul attardé de la région réfugié dans son patois, il n’avait pas reconnu sa propre langue. »

« nos deux professeurs d’anglais auraient eu bien du mal à se comprendre s’ils n’avaient eu recours au français « 

Plus tard à Jallendrieu chez Claude, dans le Cantal, nous avons vu arriver, sortant du bois des gardes, un Anglais à vélo. Il devait venir de la Crégut. Il était seul et nous avons compris qu’il avait perdu son compagnon. Nous l’avons hébergé. Le jour suivant, le compagnon est arrivé dans le village. Ce qui nous a beaucoup étonné c’est que lors de leur rencontre, ils ont fait comme si rien n’était arrivé. Le flegme britannique nous sommes-nous dit. Nous avons pensé à la rencontre de Stanley et de Livingston.

Doctor Livingstone, I presume ?

Lors de mon premier voyage à London (on ne nous avait pas dit à l’école que Paris ne se disait pas Paris à Roma, mais Parigi, etc.) et qu’il y avait un Paris au Texas) j’ai eu à téléphoner. On m’a fourni un numéro de téléphone, mais on ne m’avait jamais appris au lycée comment s’énonçaient les numéros de téléphone. Les Anglais disent « oh » au lieu de « zéro ». Je ne le savais pas. C’est comme les Français qui disent pour @, arobase, alors que les anglophones disent « at » car, mais oui, mais bien sûr !, le @ est pour dire à !

Alors avant d’aller aux USA, j’ai trouvé au restau U à Poitiers un étudiant de l’École Supérieure de Commerce. Ils avaient un « labo de langues  » (en fac, on n’avait pas un seul cours d’anglais). Et le gars fut trop heureux de me passer sa place ! Et là j’ai fait bien des progrès, facile quand on part de peu.

Plus tard, je dus écrire des « papers » in inglich et souvent j’ai reçu comme avis qu’il fallait me faire relire par « a native english speaker ». Je ne pourrai jamais devenir un native english speaker ! J’ai cependant fait des livres en anglais. Seule façon d’avoir suffisamment de lecteurs pour justifier un tirage. Je me suis acoquiné avec un collègue québécois. Il m’a bien aidé.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s